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Vision for Europe Award 1998

Speech by H.E. Lionel Jospin, on 19 October 1998

Monsieur le Maréchal de la Cour, Messieurs les Premiers ministres, Messieurs les ministres, Messieurs les présidents, Mesdames et Messieurs, Permettez-moi tout d'abord, de féliciter le président Israël, dont vous connaissez tous ici la forte personnalité et le rayonnement, et la Fondation qui porte son nom d'avoir pris l'initiative d'organiser, chaque année, semblable rendez-vous autour de figures reconnues pour leur engagement en faveur de l'idée européenne. Je veux aussi vous remercier, Monsieur le président, Monsieur le Premier ministre du Grand-Duché du Luxembourg, d'avoir souhaité que je sois, en 1998, le témoin de cette manifestation. Je le fais avec beaucoup de plaisir, heureux de me retrouver avec vous à Luxembourg et aux côtés de Jean-Claude Juncker.

D'abord, parce que nous partageons tous ici un même attachement à la construction européenne. J'y ajoute personnellement une conviction: l'Europe du XXIème siècle doit être économiquement et financièrement plus stable grâce à l'euro et à une bonne coordination de nos politiques économiques - elle doit être forte, crédible et efficace - au moyen d'institutions réformées - et elle doit surtout être sociale - en prenant pour objectifs impérieux la croissance, l'emploi et la cohésion de nos sociétés.

Ensuite, parce que cette cérémonie me fournit l'occasion d'effectuer ma première visite bilatérale au Luxembourg, pays dont la France se sent très proche, non seulement géographiquement mais surtout en raison d'une communauté de valeurs, de culture et de langue. Pour ne prendre dans l'actualité qu'une seule illustration, nos deux gouvernements partagent l'idée selon laquelle la globalisation de l'économie mondiale exige en retour une régulation mondiale. Comme la France, le Luxembourg compte au nombre des pays fondateurs des Communautés européennes. Berceau de l'Europe », le Grand-Duché a toujours apporté à la construction européenne une contribution essentielle. De grands hommes d'Etat luxembourgeois, visionnaires et déterminés, facilitant le rapprochement de vues entre les grands Etats voisins, ont joué un rôle décisif qui fait du Luxembourg un acteur de tout premier plan dans le concert européen. Un pays en effet se juge moins à »sa taille qu'aux missions qu'il s'assigne et au rôle qu'il joue. De ce point de vue, le Grand-Duché est grand.

Enfin, je suis heureux de m'exprimer devant vous parce que notre réunion honore un homme pour lequel j'ai la plus haute estime, le Premier ministre Jean-Claude Juncker, avec qui j'ai noué, au cours de nos rencontres successives, et en dépit de nos appartenances politiques différentes, des liens de respect mutuel et d'amitié.

Il est juste que le prix ‘Vision pour l'Europe’ de la Fondation Edmond Israel soit aujourd'hui décerné à 'l'homme qui chevauche les frontières', selon la télévision allemande, et à celui que les journalistes français viennent de nommer ‘homme européen de l'année’.

Monsieur le Premier ministre, vous vous inscrivez dans la lignée prestigieuse des hommes d'Etat luxembourgeois qui ont compté parmi les ‘pères de l'Europe’. Je pense en particulier au président Werner –un précurseur en ce qui concerne la monnaie unique - à Gaston Thorn - président de la Commission de 1981 à 1984 - et à Jacques Santer - son actuel président dont je salue la présence parmi nous et à qui j'ai rendu une visite de travail à Bruxelles il y a moins de huit jours.

Vous avez pris, cher Jean-Claude Juncker, une part déterminante dans les étapes récentes de la construction européenne: que ce soit en 1986 - lors de l'Acte unique -, en 1992 - lors du traité de l'Union européenne -, et bien sûr au second semestre 1997 - à l'occasion de votre présidence du Conseil. Vous vous étiez alors fixé des objectifs ambitieux. En six mois, vous les avez tenus et 1'Europe a accompli des pas importants. Chacun a pu constater la précision de votre connaissance des mécanismes européens, l'étendue de votre expérience et, surtout, la sincérité enthousiaste de vos convictions européennes. A titre personnel - je venais de recevoir la responsabilité de diriger le gouvernement français -, j'ai apprécié votre accueil chaleureux, votre intelligente autorité naturelle, votre talent pour la construction des compromis.

Ainsi, à 44 ans, votre parcours européen est exceptionnel. Il faut dire qu'il s'ancre dans une précocité étonnante et dans une capacité de travail qui ne l'est pas moins: secrétaire d'Etat à 28 ans, ministre à 30 ans, Premier ministre à 41 ans, vous conservez aujourd'hui avec ce poste les fonctions de ministre des Finances et du Travail. L'addition de ces trois charges traduit vos convictions sociales, qui font du travail et de l'emploi le coeur de votre politique. Déjà, quand vous fûtes l'instigateur du plan de redressement de la sidérurgie Luxembourgeoise, vous avez pris les décisions qui s'imposaient sans sacrifier l'intérêt social. Le Luxembourg, modèle de croissance équilibrée, souligne que l'efficacité économique se fonde sur la cohésion sociale.

Avec le rendez-vous d'Agenda 2000 et le défi de l'élargissement, nous allons tracer l'esquisse de 1'Europe du début du XXIème siècle.

Je souhaite que cette Europe soit économiquement et financièrement plus stable. La résistance de la zone euro aux répercussions des crises asiatique et russe est la première preuve de l'importance de l'Union économique et monétaire pour l'avenir de l'Union européenne et son affirmation comme puissance économique mondiale. Mais il faudra pour celà - et le mouvement en est amorcé - la coordination des politiques économiques à travers le Conseil de l'euro.

Il faut aussi que l'Union soit efficace dans son mode de fonctionnement. L'Union européenne a besoin de réformer ses institutions, non pas dans leur architecture mais dans leur fonctionnement pratique, avant le début de l'élargissement. La prise de décision doit y devenir moins lourde et plus rapide.

Nous allons amorcer cette réflexion, avec les autres chefs d'état et de gouvernement à la fin de la semaine au sommet informel de Portschach.

Je souhaite enfin que notre Europe reste un continent où le progrès social soit une réalité. Mon gouvernement, on s'en souvient, avait suggéré, dès son arrivée dans le concert européen, que l'emploi et la dimension sociale soient placés plus haut dans nos priorités. Il m'est à cet égard agréable de rappeler le rôle déterminant joué par le Premier ministre Juncker, alors que le Luxembourg assurait la présidence de l'Union européenne, dans le succès du Conseil européen extraordinaire pour l'emploi de novembre 1997.

Cette volonté de progrès social, nous la portons ensemble au niveau européen, afin de ne pas laisser sur le bord du chemin plus de vingt millions de chômeurs - tous ceux que vous appelez, avec raison, ‘le seizième état de l'Union’. Nous avons commencé à agir. Beaucoup reste à faire. Je me réjouis de poursuivre cette tâche avec vous.

Car, comme tous ceux qui vous rencontrent et travaillent avec vous, j'apprécie la conscience que vous avez de vos responsabilités et le sérieux avec lequel vous vous attachez à tenir vos engagements. J'apprécie tout autant, je dois dire, la cordialité et la simplicité qui vous caractérisent, non seulement dans le rapport à vos collègues mais aussi dans la relation avec vos compatriotes Luxembourgeois.

Premier ministre du Luxembourg, dirigeant estimé de vos pairs à travers l'Europe, vous êtes certes un homme d'Etat, cher Jean-Claude Juncker, mais aussi un citoyen parmi les citoyens. Un citoyen partout chez lui en Europe et dont l'Europe peut être fière, comme le montre la distinction d'aujourd'hui.

 
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