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Vision for Europe Award 1998

Acceptance Speech of H.E. Jean-Claude Juncker, Prime Minister of the Grand Duchy of Luxembourg, on receiving the 'Vision for Europe Award', 19 October 1998

Monsieur le Premier Ministre, cher Lionel, Monsieur le Président de la Commission, cher Jacques, Excellences, Monsieur le Président, Mesdames, Messieurs.

Edmond Israel, en me présentant rapidement a cru pouvoir dire que j'adorais les discours lyriques. Ce n'est pas vrai, j'aime tellement ses envolées qui, faute de pouvoir la faire, nous rapprochent de l'histoire et j'aime bien les discours de quatrième république alors que nous vivons en monarchie. Mais aujourd'hui on m'a interdit de me vautrer dans les plaisirs de tels discours parce que nous sommes pris par un emploi du temps qui fait qu'on m'a accordé je crois trois à quatre minutes.

Ce sera suffisant pour vous dire que je me sens très honoré par la distinction dont je fais l'objet ce soir. Je me sens très honoré par ce qui m'arrive, parce que ce qui m'arrive est le fruit d'une longue réflexion de la Fondation Edmond Israel et j'en suis honoré parce que cette fondation porte le nom qu'elle porte. Je suis touché depuis quelques années par le suivi amical qu'Edmond Israel a bien voulu m'accorder, je suis respectueux devant ce qu'il a fait dans la vie, dans sa vie professionnelle, dans sa vie de citoyen, dans sa vie quotidienne et sur les longs trajets qui furent les siens. Et je voulais donc en acceptant, mais comment ne pas l'accepter, cette distinction, lui rendre hommage pour ce qu'il fut, pour ce qu'il est, pour ce qu'il fit et pour ce qu'il fait. Je suis aussi très honoré par la présence du Premier Ministre de la République française. J'avais pensé en effet qu'il serait sage de lui demander d'être mon témoin, comme on dit, ce soir, parce que j'ai voulu montrer que tout ce qui est français ne nous est pas étranger, que cette amitié entre la France et le Luxembourg n'est pas un vague souvenir d'une quelconque fraternité d'armes et d'une communauté d'esprit dans l'adversité, mais que l'amitié franco-luxembourgeoise s'est installée dans la durée et il faut parfois savoir le montrer. Je suis honoré par la présence du Premier Ministre français, de Lionel Jospin, dont j'apprécie également, parmi de nombreuses autres qualités, son authenticité qui fait que dans son action il n'y a pas de fossé entre ce qu'il dit et ce qu'il fait. Son action française nous est sympathique, son action européenne nous est indispensable et je suis donc très honoré par sa présence ce soir.

En fait j'ai envie de vous parler de l'Europe, mais vous me direz encore un discours sur l'Europe, parce que l'Europe aujourd'hui peut apparaître comme relevant de l'automatisme et de l'évidence, or une telle impression serait fausse, elle serait à la rigueur dangereuse. L'Europe n'a rien d'un automatisme et l'Europe n'a rien d'une évidence éternelle. L'Europe est une idée simple qu'il reste difficile à expliquer, tant elle est devenue compliquée. Or la raison profonde de cette Union européenne, la raison profonde de la construction européenne, en fait, est la réponse que les Européens ont voulu adresser à l'éternelle question qui divisait l'Europe depuis qu'elle existe et qui est l'option entre la guerre et la paix. Ceux qui après la Deuxième Guerre Mondiale, avec beaucoup de courage et avec une détermination dont nous manquons très souvent aujourd'hui, ont décidé de faire l'Europe, avaient tiré la bonne leçon des évènements de la Première et de la Deuxième Guerre Mondiale et je crois que ce fondement reste toujours valable aujourd'hui. Il ne faut pas croire que la paix se serait définitivement installée dans les paysages européens, je crois profondément que les vieux démons n'ont pas quitté les paysages européens et que par conséquent il faudra élargir chaque jour et par des efforts quotidiens cette sphère de solidarité qu nous unit au sein de l'Europe et qu'il faut faire prospérer chaque jour davantage les lignes, les ponts, les éléments qui unissent les peuples et les hommes d'Europe. L'Europe est plus qu'une construction technique, même la construction monétaire de l'Europe ne fut pas une construction exclusivement technique, elle fut avant tout un élément, un segment d'une ambition européenne autrement plus vaste d'une ambition qui dépasse le monétaire. Nous ne combinons pas des économies, nous n'adjoignons pas des marchés, nous unissons en deux temps l'Europe d'une monnaie unique, les hommes et les femmes qui habitent l'Europe, et nous voudrions que, revigorée par cette dimension monétaire, l'Europe arrive à répondre à tous les espoirs qui sont ceux de la terre entière lorsqu'elle regarde l'Europe.

Le plus vous vous éloignez de l'Europe le mieux vous la voyez. Si vous êtes acteur européen ou citoyen européen vous avez tendance à oublier tout ce que l'Europe vous a donné et nous a donné. Lorsque vous la regardez de loin, elle vous apparaîtra comme une des plus belles aventures, que l'éspèce humaine n'ait réalisée jusqu'à présent. Et l'Union monétaire, cette dernière grande ambition de ce siècle, n'est qu'une étape elle n'est pas une fin, et elle n'est pas une fin en soi, nous ne devrons pas nous arrêter à l'Union économique et monétaire, nous devons en faire le ressort pour approfondir davantage l'Union européenne, nous devrons en faire un ressort pour mieux coordonner nos politiques économiques, parce que le monde attend de nous que nous fassions de l'Europe une zone de croissance favorable. Je voudrais que cette Europe soit plus complète en intégrant davantage la dimension sociale et le souci social en faisant de la politique de l'emploi et des politiques de l'emploi une de ses priorités. Je voudrais que lorsque nous l'élargirons, nous ferons en sorte que nous doterons cette Europe et les institutions des ambitions que nécessitent les conséquences de la réunification entre l'histoire et la géographie de l'Europe.

C'est de cette Europe que je rêve, c'est à cette Europe que je ne suis pas le seul à travailler au Luxembourg. Mes collègues au sein du Gouvernement, mes collègues au sein du Parlement, la partie noble de la société civile luxembourgeoise s'y attache avec le même élan et avec la même détermination. Nous savons tous, que pour y parvenir, comme pour toutes les longues distances et tous les longs trajets, nous aurons besoin de beaucoup de patience et de beaucoup de détermination. Je vous remercie.

 
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