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My Vision for Europe Speech by Max Conzémius, student of the Lycée Robert Schuman (Luxembourg), on 19 October 1998 Excellences, Mesdames, Messieurs, Une vision est un produit de l'imagination et s'apparente au rêve; il ne faut cependant pas oublier les réalités. Certains jeunes, par nature impatients, voudraient réaliser les Etats Unis d'Europe d'un jour à l'autre; d'autres, peut-être mal ou trop peu informés, sont déçus par la lenteur et l'apparente inefficacité des mesures prises, par exemple, dans la lutte contre le chômage qui les menace et les effraie au seuil de leur vie professionnelle. A défaut d'être personnellement impliqués dans la construction de l'Europe, les jeunes ont effectivement besoin de visions et de visionnaires mais il faut que les responsables politiques leur montrent qu'ils s'intéressent vraiment au sort quotidien de tous les citoyens, que le combat contre le chômage et contre l'injustice sociale est réel et efficace, que les valeurs spirituelles ont encore leur place dans un univers souvent trop utilitariste et trop rationaliste. Il faut que l'idée européenne se concrétise davantage. Comme beaucoup de jeunes luxembourgeois, j'ai eu la chance de participer à des échanges scolaires et à des rencontres européennes, comme le Forum Jeunes Européens à Albi. Cette collaboration m'a impressionné. La libre circulation, l'esprit de tolérance et l'échange du savoir caractérisaient déjà au 16e et 17e siècle le milieu universitaire, scientifique et philosophique. Voilà ce qui correspond le plus à ma vision de l'Europe. La diversité culturelle constitue une source de richesses qu'il s'agit de valoriser, et non de sacrifier sur l'autel de l'uniformisation. Les étudiants luxembourgeois ont toujours profité du fait qu'ils font leurs études universitaires à l'étranger. Les jeunes sont favorables à l'ouverture de leur champ d'action réalisée par l'Union européenne; ils sont intéressés à l'exploration des pays de l'Union, facilitée par l'abolition des frontières et par la libre circulation; les meilleurs sont motivés par le défi d'une concurrence plus pointue. Toutefois, il faudra se préoccuper des moins favorisés, pour qui cette même ouverture peut constituer une menace. L'idéalisme est le propre de la jeunesse – même s'il ne lui appartient pas exclusivement. A l'école nous avons appris à connaître l'oeuvre de grands hommes européens - tels Robert Schuman dont mon lycée porte le nom. Les jeunes peuvent se reconnaître dans ces hommes qui ont conservé la capacité de rêver, d'élaborer des visions et de tout mettre en oeuvre pour les réaliser. Comme l'a dit M. Juncker, ‘yesterday's visionaries are today's realists’. L’euro renforcera sans doute l’identité européenne, mais au-delà des avantages matériels, il faudra veiller aux valeurs spirituelles et assurer le plein épanouissement de chaque citoyen européen, selon ses capacités et ses aspirations, en tenant compte de ses appréhensions et de ses limites. Ma vision de l'Europe est une vision humaniste d'un ensemble de nations, de régions, d'individus, qui, dans la poursuite du bonheur, ont choisi de préférer la paix à la guerre, la solidarité à la jalousie, la tolérance à l'arrogance. Il faut collaborer partout où cela est possible et avantageux mais il faut respecter la spécificité et l'originalité de chaque individu et de chaque communauté. J'ai beaucoup apprécié que, ce soir, la parole ait été donnée aux jeunes. En leur nom et au mien, je félicite M. Juncker pour la haute distinction qu'il mérite pleinement. Que son esprit critique, son franc-parler et sa spontanéité, ainsi que son intérêt pour les jeunes, lui permettent à lui aussi de continuer de rêver dans un monde parfois hostile aux visions et aux visionnaires. Je vous remercie de votre attention. ![]() |